Classes déconnectées, cours sanctuaires

Je propose les termes de classe déconnectée et de cours sanctuaire pour nommer et valoriser des cadres propices à l’apprentissage, ainsi que promouvoir des pratiques positives cohérentes avec les valeurs humanistes historiques de la formation collégiale. Cette nomenclature est pensée en réponse aux changements technologiques et sociaux qui ont rendu omniprésents les cellulaires et l’IA ; elle rejoint des mesures déjà mises en place, individuellement ou en département, par des enseignantes et enseignants dans divers cégeps, comme cadre de base pour s’adapter, voire trouver comment se réinventer.

Ces définitions peuvent être librement reprises et adaptées.



Classe déconnectée : modalité de déroulement d’un cours sans aucun téléphone cellulaire et le plus souvent sans aucun autre appareil électronique.

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Les téléphones cellulaires et leurs applications, dont les réseaux sociaux, structurent les habitudes sociales et cognitives d’une grande partie de la société, et agissent comme distractions importantes dans nos classes. La classe déconnectée vient éliminer cet élément pour favoriser la concentration et l’engagement pendant le cours en bannissant les téléphones et autres appareils électroniques : tablettes, ordinateurs, écouteurs.

Lorsque nécessaire, un ordinateur peut être utilisé pour projeter un support visuel. Un cours se déroulant dans un laboratoire informatique, par exemple un cours de programmation ou de langues, pourrait également adopter une approche de classe déconnectée, si le recours aux ordinateurs est limité à un usage pédagogique ciblé.

La concentration est un effort de longue haleine. Dans la classe déconnectée, les téléphones sont interdits d’utilisation même pendant les pauses. Par cohérence, la personne enseignante suit aussi la consigne.


Cours sanctuaire : cours se déroulant habituellement dans un cadre de classe déconnectée, où le recours à la génération statistique de texte (IA) est évité, et la lecture et la pensée humaine sont valorisées.

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Le cours sanctuaire vient ajouter des valeurs à la déconnexion, et constitue donc un concept à la fois plus fort et plus flexible.

Un espace est libéré par la déconnexion : espace mental, espace social, espace physique aussi, où l’on peut se tourner vers le corps et le mouvement, espace de matérialité du papier, des livres, de la craie parfois ! Cet espace est ouvert aux êtres humains qui s’y trouvent et aux productions de l’esprit humain, qu’elles soient des œuvres littéraires ou artistiques, des théories sur le monde naturel, des idées sociologiques ou mathématiques. Elles doivent vivre pour les élèves, et pour cela elles vivent d’abord dans la personne enseignante, de même que dans des livres ou des textes qui sont les traces d’autres humains, d’autres lieux, d’autres époques, et dont la fréquentation à travers l’école est d’autant plus nécessaire que la lecture est devenue plus laborieuse pour plusieurs, peut-être par l’évolution des habitudes technologiques et sociales.

La subjectivité humaine est, de plusieurs façons, centrale à cette vision humaniste de l’éducation, même dans les sciences dites objectives. Le cours sanctuaire évite le recours à la génération statistique de texte (intelligence artificielle générative, ou IA), tant par les personnes enseignantes qu’étudiantes, parce que l’IA mène trop souvent à un évitement du travail cognitif nécessaire à l’apprentissage, et vient embrouiller la compréhension de la nature même de la connaissance.



Des annexes (modèles pour le plan de cours et précisions) sont disponibles dans la version pdf



Jonathan Ruel, jruel@cegepsl.qc.ca
Département de physique, cégep de Saint-Laurent.


Merci à Stéphanie Martin pour le mot sanctuaire.